Wolf and Dragon

Le pays du Fantasy!
 
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 Wolf's Heart

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Silver Wolf
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MessageSujet: Re: Wolf's Heart   Dim 17 Mai - 22:42

Avant dernier chapitre pour vous. Enjoy ^^

22. Adieux et retrouvailles.


Akela regardait autour d'elle d'un oeil éteint. Malgré l'air à présent frais, et le ciel dégagé, il semblait que la plaine était toujours emprisonnée sous la lourdeur de la mort. D'innombrables cadavres jonchaient le sol, hommes et bêtes, de tous bords. Les loups survivants s'étaient retirés dans les bois pour se reposer et soigner leurs blessures, alors que les humains encore valides rassemblaient les corps en deux catégories, brûlant les tuniques noires sur de grands bûchers, accomplissant aussi bien que possible les rites funéraires de leurs camarades tombés. D'autres rassemblaient les chevaux qui s'étaient égaillés dans la nature, une fois libérés de leurs cavaliers.
Près de la louve noire, Spyder frottait son museau entaillé avec sa patte. Il saignait encore, mais la blessure n'était pas grave. Le soldat qui avait tenté de lui défoncer le crâne d'un coup de lance avait été attaqué au moment de frapper, et la lame avait été déviée, entaillant simplement le museau de la louve.
A présent, certains soldats alignaient les corps des loups tombés au combat, laissant leurs semblables encore en vie leur rendre un dernier hommage à leur façon. Leur nombre était impressionnant. Selon toute probabilité, il faudrait plusieurs générations avant que l'espèce se remette de la perte immense qu'ils venaient de subir. Akela sentit un frisson lui parcourir l'échine en songeant au nombre de meutes qui se retrouvaient privées de leurs alphas, ou alors des louveteaux qui n'avaient plus de parents. Les siens ne reverraient pas leur père, une fois que la meute rentrerait.

Elle tourna la tête en entendant des pas. Deux loups venaient à eux. Ils étaient recouverts de boue et de sang, mais n'avaient pas l'air trop salement amochés. La louve noire finit par les identifier quand ils furent à quelques pas d'elle: Serris et Perle. La louve rousse avait une partie de l'oreille gauche labourée, et elle aurait sans doute un morceau en moins une fois que cela aurait cicatrisé. Quant à Serris, il était entaillé à l'épaule droite, par un coup de griffe de Traqueur. La plaie était assez profonde, et elle risquait de mettre du temps à se refermer, voire de le laisser légèrement boiteux. En dehors de cela, ils n'avaient que des égratignures sans gravité.
Ce fut Spyder qui se chargea de leur annoncer la mort de Cobalt et Guehjone. Akela était trop profondément murée dans sa douleur pour leur parler. Le petit groupe de loups resta assis à cet endroit, récupérant de leur fatigue et de leurs blessures, observant ce que faisaient les humains avec un air de lassitude presque indifférente. Ils étaient encore tous écoeurés de la sauvagerie du massacre et peinés par les pertes endurées, ne se rendant même pas compte de la beauté du ciel nocturne enfin dévoilé.

***


A l'horizon, le ciel prenait déjà des teintes légèrement gris-rose. L'aube commençait à poindre, peu à peu. Nargoth avait volé en direction de la clairière d'Akaha, obéissant à la demande de Lorens sans protester. Que ce soit la pureté d'âme qu'il avait sentie en lui ou le désespoir qui transparaissait dans sa voix quand il lui avait demandé de l'aide, le Dragon avait décidé de mettre ses prodigieuses capacités à son service. Alors qu'ils volaient à une vitesse considérable, la créature avait même puisé dans ses immenses réserves d'énergie pour guérir les blessures les plus importantes du prince. S'il ne l'avait pas fait, ce dernier aurait eu de grandes chances de périr durant le trajet. Qui plus est, avec un tel homme à la tête du Royaume, la sagesse et la bonté avaient toutes les chances de se propager et de faire renaître le pays agonisant de ses cendres.
De son côté, Lorens n'en pouvait plus. L'attente était insupportable, et il serrait le pendentif de Sienna dans son poing, assez fort pour menacer de le briser. Il était tellement concentré sur son objectif qu'il ne prêtait même pas attention au vent glacé qui lui mordait le visage, ni au paysage qui défilait à une vitesse vertigineuse loin au dessous d'eux.
«Nous arrivons...
La voix de Nargoth résonna dans son esprit, le troublant. Il n'était pas habitué à être concerné par la magie de façon directe, et entendre cette gigantesque créature parler dans sa tête avait de quoi être déboussollant. Le Dragon orienta différemment ses ailes, offrant une autre prise à un courant aérien, et modifia la position de son corps. Il redressa la tête avec élégance.
-Accroche-toi bien!
Le jeune homme n'eut que le temps de se cramponner au long cou massif de sa monture improvisée avant qu'elle ne plonge en piqué droit vers le sol. Il dut fermer à demi les paupières, tant l'air glacé qui sifflait à ses oreilles et lui cinglait le visage lui faisait monter les larmes aux yeux. Le voile de brume matinale qui stagnait sous les nuages se déchira soudain alors qu'ils chutaient comme des pierres, Nargoth ayant ses grandes ailes repliées le long du corps, cou tendu en avant afin d'augmenter sa vitesse. Par ses paupières à demi ouvertes, le prince distingua la vaste étendue de la forêt, qui abritait le sanctuaire de la déesse, s'étaler sous eux, et se rapprocher à une vitesse affolante. La cime des arbres semblait toute proche quand le Dragon effectua une violente embardée en freinant sa chute, ailes largement déployées. Lorens suffoquait à cause du brusque changement de pression, et il manqua de tomber par dessus le cou du grand reptile quand il fut pris au dépourvu par le choc. Par ailleurs, le vent avait tellement ébouriffé ses cheveux déjà rendus humides par les gouttes d'eau en suspension dans l'air qu'il se sentit pris d'un violent frisson. Il passa ses doigts dans ses mèches désordonnées pour leur redonner un tant soit peu d'apparence.
Nargoth descendait à présent par cercles paisibles, se laissant porter par les courants aériens. Sous eux, la clairière de la déesse était visible, et le jeune homme sentit son coeur s'emballer, angoissé. Finalement, le Dragon atterrit dans l'espace dépourvu d'arbres en repliant ses ailes le long de son corps. La terre trembla quand ses pattes puissantes munies de serres prirent appui sur le sol. La créature poussa un grondement satisfait, puis il écarta une aile afin de permettre à son cavalier de descendre. Ce dernier ne se fit pas prier, et se laissa glisser le long de la patte écailleuse, avant de retrouver avec soulagement le sol ferme et sec. Il manqua de tomber, tant ses jambes étaient flageolantes. De toute évidence, il n'était pas fait pour les acrobaties aériennes. Après avoir repris un minimum d'assurance, il se tourna en direction de la petite cuvette qui abritait le bassin où la déesse louve leur était apparue la fois précédente.

Il faisait encore sombre à cette heure. La pénombre régnait en maîtresse dans les bois, et il dut prendre mille précautions pour descendre en direction de l'étang sans s'étaler de tout son long. Les mottes de terre et les cailloux étaient traîtres, mais il parvint en bas sans trop d'encombres. Il jeta un regard autour de lui. Tout était calme. Un léger souffle de vent agitait les feuilles des arbres entourant la clairière. Rien ne venait troubler le paisible silence, mis à part peut-être le hululement solitaire d'une chouette perchée aux alentours. Le jeune homme fut légèrement déçu de ne pas trouver la moindre trace d'Akaha, mais il ne perdit pas espoir. Il prierait nuit et jour s'il le fallait, jusqu'à ce qu'elle l'entende et vienne à lui.
Il s'approcha donc de l'eau. Sa surface sombre était de temps en temps ridée par un souffle d'air, et reflétait la lune et les étoiles qui s'éteignaient peu à peu, à mesure que l'aube progressait. Cet endroit présentait un tel contraste comparé au champ de bataille qu'il avait quitté il y a quelques heures... Tout en ce lieu incitait son âme à la paix. Cependant, c'était impossible. Son coeur brisé s'accrochait à un dernier espoir. Un espoir fou. Lentement, il s'agenouilla près de l'eau, fixant sa surface lisse et noire comme un miroir, l'Ame de l'Ange au creux de ses mains. Etait-il utile de prier la déesse? On ne le lui avait jamais appris. De tous les dieux existant, Akaha était la seule dont le culte était secret, réservé à une élite, un nombre infime. On ne l'appelait pas la déesse cachée, ou encore la déesse de l'ombre pour rien.
Il finit par prendre le parti d'écouter son coeur. Le regard dans le vague, il laissa couler ses paroles de ses lèvres, tel un flot sorti tout droit de son coeur. Il finit même par fermer presque totalement les paupières, emporté par ses propres mots. Il mettait tout son coeur à formuler cette demande. Ils étaient sortis vainqueurs, oui, mais à quel prix? Si tel était le goût de la victoire, il était bien amer. Il passa un temps indéterminé à prier et implorer Akaha. Sans que rien ne se passe. Dans sa main, le pendentif battait de plus en plus faiblement. Comme un coeur agonisant en train de s'éteindre. Lorens y associait le coeur de sa belle, sans pouvoir s'en empêcher,et la signification de cette progressive léthargie de l'Ame de l'Ange le pétrifiait. Il refusait d'admettre qu'il avait perdu celle qu'il aimait. Rouvrant les yeux, il constata simplement que le ciel s'éclaircissait davantage. Le noir d'encre parfait s'était mué en une subtile nuance de bleu nuit. Tout était toujours aussi calme aux alentours.
Le prince était perdu. Y avait-il un rituel à suivre pour inciter la déesse à venir à lui? N'était-il pas digne de la voir une seconde fois? Il était plongé dans ses réflexions quand quelque chose l'en tira brutalement. Il chercha ce que cela pouvait être, car autour de lui, rien n'avait bougé. Et il comprit soudain. L'Ame de l'Ange avait cessé de pulser. A présent, il ne sentait plus le battement régulier contre sa paume, ni même l'agréable tiédeur qu'il dégageait. Peu à peu, le pendentif devenait froid. Comme s'il se mourait en même temps que l'espoir du jeune homme éclatait en morceaux. Alors, il ne put retenir son désespoir. Il frappa des deux poings dans l'herbe humide de la berge, le présent divin toujours étroitement serré au creux de sa paume. Il se sentait ridicule. Ridiculement impuissant.
-Akaha, huitième déesse des cieux, déesse de l'ombre... Je ne sais par quel moyen je puis t'inciter à venir parmi nous. Je ne fais pas partie des initiés qui ont le privilège de te vénérer, mais je te supplie néanmoins à genoux d'accéder à ma requête. J'offrirai mon sang, mon Royaume, ma vie, ou ce que tu demanderas pour la sauver... Je t'en supplie, viens à moi!

D'abord, il n'y eut pas plus de mouvement qu'avant. Puis, une onde parcourut l'eau, faisant frémir sa surface, comme un frisson causé par les paroles désespérées de Lorens. Peu à peu, le bassin s'illumina d'une douce lueur, qui se faisait de plus en plus vive. Le coeur battant à un rythme affolé, le jeune homme s'assit sur ses talons, observant le phénomène. Bientôt, une bulle d'eau de la taille d'une tête s'éleva au milieu de l'étendue d'eau. Dans une explosion lumineuse qui décrut bien vite, la déesse apparut. Elle marcha sur l'eau jusqu'à rejoindre le prince, qui était dans un bien piètre état pour paraître devant un être divin. Il s'inclina bien bas, heureux qu'elle ait accédé à sa demande, craignant cependant qu'il ne soit trop tard.
-Relève-toi Lorens. Chasse ces ténèbres de ton coeur. Ce jour est un grand jour. Vous avez triomphé des Ténèbres et ramené la paix dans ce monde.
Lorens se redressa, osant à peine regarder Akaha, qui était si proche de lui qu'il aurait pu la toucher. En guise de réponse, il leva le poing et lui présenta l'Ame de l'Ange qui en pendait.
-Comment pourrais-je être heureux, si celle que j'aime a perdu la vie en nous sauvant tous?
La déesse secoua sa tête gracieuse d'un air navré.
-Cela n'est pas de mon fait. Elle connaissait les risques.
-Mais nous avons pourtant suivi vos instructions à la lettre... Nous avons rassemblé les loups et les hommes d'armes encore fidèles au roi sous la même bannière, avons réveillé le Dragon... J'ai décidé de reprendre la tête du Royaume, mais je ne puis le faire en sachant que Sienna a perdu la vie.
-C'est pourtant ce que tu devras faire.
Cette phrase et ce qu'elle sous-entendait fut comme un coup d'épée en plein coeur. Il eut l'impression que le sang se figeait dans ses veines, alors qu'il plongeait son regard dans celui de la déesse, le visage défait.
-J'espérais que... vous pourriez la ramener...
-Je ne puis défier Knarr, dieu des morts. Si des vivants passent dans son monde, ils deviennent ses sujets pour l'éternité.
Lorens aurait voulu faire éclater sa rage. Sienna s'était sacrifiée au nom d'un monde qui l'avait rejetée. Elle n'avait connu que le malheur durant toute sa vie, et avait péri alors qu'elle méritait d'être heureuse plus que n'importe qui. Sans elle, jamais Ridallion n'aurait été libre.
Pourtant, il n'eut pas la force de s'opposer à Akaha. Semblant soudain être devenu l'ombre de lui-même, il hocha la tête.
-Je comprends...
En réalité, non, il ne comprenait pas. A quoi bon être un dieu si l'on ne pouvait même pas ramener un fidèle sujet à la vie? S'il se contenait, c'était uniquement parce que toute force l'avait quitté. Toute volonté aussi. Qui plus est, il ne pouvait pas affronter une déesse. Cela aurait été pure folie. Un silence pesant s'installa. La louve continuait à l'observer en silence. Puis, elle parla, alors qu'il se levait et la saluait avec respect, prêt à repartir. Pour aller où, il l'ignorait. Mais fuir. Tout fuir. Et oublier.
-Néanmoins, Lorens, il est en mon pouvoir de ramener ceux qui n'ont pas rejoint le Royaume de Knarr. Es-tu prêt à te sacrifier pour que je ramène ceux qui le peuvent encore?
Le prince réfléchit. Il était prêt à se sacrifier pour Sienna. Si elle ne pouvait être ramenée, tout l'indifférait. Mais pourtant, il restait encore tant de mères, d'épouses et d'enfants qui attendaient en vain le retour de ses hommes tombés au champ d'honneur, qu'il se sentit pris de remords. Quel roi ferait-il, si le sort de son peuple l'indifférait? Aussi, c'est sur cette pensée qu'il se retourna vers Akaha, tête baissée.
-Faites de moi ce que vous voudrez.

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MessageSujet: Re: Wolf's Heart   Dim 17 Mai - 22:42

La déesse ferma ses beaux yeux turquoises, puis se retourna lentement vers le centre du bassin. Il s'était mis à bouillonner paresseusement et à luire d'une lueur argentée. Bientôt, une grande sphère de la même couleur, ressemblant fort à une bulle, creva la surface et s'éleva de quelques mètres dans les airs, au dessus de la surface qui redevenait calme, puis se mit à avancer lentement en direction de la rive. A mesure qu'elle s'approchait, Lorens distinguait une silhouette sombre qui y était recroquevillée, comme en position foetale. Parvenue au-dessus de lui, la bulle s'arrêta et resta immobile. Alors, la louve la toucha du bout de l'aile, faisant frémir la surface argentée légèrement translucide.
-Lorens, tu m'as prouvé ta loyauté, et ta droiture de coeur. En dépit de la perte que tu viens de subir, tu agis avec sagesse. Tu seras un grand roi. Aussi, tu as ma bénédiction.
Doucement, la bulle éclata. Le corps qui y était blotti resta en suspension encore quelques secondes, puis il descendit vers le sol. Lorens réceptionna Sienna dans ses bras avant qu'elle ne touche terre. Ses mains tremblaient un peu. Il n'osait y croire. Pourtant, ces longs cheveux sombres, ce corps svelte, ce visage fin... C'était elle. Elle ouvrit lentement les yeux. Le coeur du prince explosa de joie dans sa poitrine. L'émotion lui nouait la gorge au point qu'il pensait ne pas pouvoir parler. Alors qu'elle plongeait son regard d'un bleu limpide dans celui vert émeraude du jeune homme, ce dernier parvint à articuler quelque chose de façon étranglée.
-Tu es là... dit le prince d'une voix faible.
-J'ai sacrément bien dormi, répondit-elle simplement.
-Sienna...
Elle ne comprit pas ce qui suivit. Pourquoi des larmes coulaient en abondance le long du visage de son aimé. Pourquoi elle se trouvait dans la clairière de la déesse. Pourquoi Akaha les regardait avec une expression sereine. Pourquoi il murmurait sans cesse son nom. Pourquoi, lorsque leurs lèvres se joignirent alors qu'il lui donnait un baiser en la serrant tout contre lui, elle sentit un arrière-goût de désespoir. Peu importait. C'était fini. Elle ferma les yeux et passa ses bras autour du cou de Lorens.
La déesse louve ferma doucement les yeux. Une légère aura bleutée l'entoura, alors qu'elle lâchait une phrase dans un souffle, avec une douceur extrême.
-Ce n'est pas tout...
Non, ce n'était pas tout. Sienna n'était pas la seule à avoir joué un rôle, même si elle avait eu le plus important. Elle avait encore un présent à offrir à certains qui avait grandement souffert. Dans le ciel, une pluie d'étoiles filantes se déclencha soudain. Des centaines de traînées de feu légèrement bleutées déchirèrent le firmament zébré des premières lueurs grises de l'aube. Simplement heureux d'être ensemble, les deux jeunes gens laissèrent leur regard s'attarder sur ce spectacle grandiose, loin de se douter que cet événement allait décider du déroulement des prochaines décennies.

***


Depuis un moment, le ciel c'était embrasé. Alors qu'il faisait encore nuit, les lueurs des premiers bûchers avaient éclairci le firmament. Puis, une pluie d'étoiles filantes était apparue, alors que l'aube s'annonçait. Et à présent, le ciel avait pris une teinte rose tendre, alors que les soldats achevaient d'incinérer leurs camarades tombés, selon les rites funéraires de leur culture. Cependant, la beauté de ce jour nouveau placé sous le signe de l'espoir indifférait totalement Akela. Elle et les trois autre loups avaient dormi dans la boue durant le reste de la nuit, trop épuisés pour se traîner jusque dans les bois. Elle fut la première à être réveillée.
Les soldats allaient à présent devoir brûler les corps des loups. Visiblement, ses congénères avaient compris que cela empêcherait les maladies de se propager, et acceptaient ce sort peu conventionnel, après avoir hurlé leur peine. Les poils de l'échine de la louve se hérissèrent. Elle ne voulait pas qu'on la sépare de Cobalt de la sorte. Aussi, elle se mit en marche, décidée à retrouver son compagnon afin de défendre sa dépouille. Elle s'enfonça dans la brume qui planait au dessus du sol sans hésitation, déterminée.
Elle approchait de l'endroit où les humains avaient aligné les corps, quand elle vit une ombre rôder au loin dans la brume, en claudiquant. Méfiante, elle se figea et se tint sur ses gardes. Les lueurs dansantes des derniers bûchers grossisaient la silhouette, lui donnant une taille dangereusement proche de celle d'un Traqueur. Si un de ces fléaux était encore en vie, elle devrait y remédier. Cependant, quand l'inconnu approcha, et qu'elle put le distinguer, elle n'en crut pas ses yeux. Elle mit tous ses sens en alerte. Pourtant, cela ne pouvait être un rêve. Elle sentait vaguement son odeur, elle entendait ses pas. Le loup avançait vers elle, sa patte antérieure gauche en l'air, car elle pendait misérablement, brisée. Il semblait souffrir, mais il était bien vivant.
-Cobalt...
La louve noire ne comprenait pas. Elle l'avait vu mort. Elle avait senti son odeur. L'odeur de la mort, celle de la viande qu'on mange. Et pourtant. Il était là, devant elle. Et elle alla à sa rencontre. Quand elle put enfin le toucher, elle explosa de joie. Sautant autour de lui en gémissant, elle lui couvrait le museau et la truffe de coups de langue pleins de tendresse, battant de la queue à se la décrocher.
-Je te croyais mort! Je t'ai senti mort! Comment est-ce possible...?
Le loup blanc leva sur elle un regard fatigué. Il battit faiblement de la queue.
-Je n'en sais pas plus que toi. Je me souviens de m'être senti partir, puis tout est devenu blanc. J'ai entendu la voix de quelqu'un, une déesse je crois. Sans doute Akaha. Puis, je me suis réveillé, et je suis retourner abattre le chef des Traqueurs.
Sa compagne se figea.
-Tu es fou. Tu te rends compte de la peur que j'ai eue? Du mal que ça m'a fait.
Cette fois, ce fut Cobalt qui lui donna un coup de langue rassurant sur le museau.
-Ne t'en fais pas, c'est fini. Je ne te quitterai jamais plus.
Alors qu'elle se pressait contre lui, il fixa une étoile solitaire, dernière à rester allumée avant que le jour n'arrive totalement et ne la soustrayant aux regards.
-Non, jamais plus... »

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MessageSujet: Re: Wolf's Heart   Mar 19 Mai - 15:32

Dernier chapitre. Voilà deux ans de travail qui s'achèvent. En espérant que vous avez apprécié Smile

23. Le jour se lève.


Sienna ne pensait pas pouvoir un jour prétendre à un tel bonheur. Vêtue d'une longue robe d'un bleu aussi pur que celui de ses yeux, brodée de fil d'argent, elle chevauchait à la droite de Lorens, tout en songeant qu'il ne lui avait jamais été donné de porter des vêtements aussi coûteux. Malgré tout, le prince tout comme elle avaient préféré une certaine sobriété. Le royaume sortait tout juste d'une guerre interne qui l'avait durement éprouvé, mieux valait ne pas exagérer dans les dépenses outrageuses, et continuer à reconstruire. Cependant, c'était un jour de fête, un jour très important, et il fallait qu'il soit marqué dans tous les esprits.
Les sabots ferrés de la jument immaculée qu'elle chevauchait claquaient sur les pavés, et elle agitait parfois nerveusement les oreilles d'avant en arrière, dérangée par les acclamations de la foule massée d'un côté et de l'autre de la rue. Sur les remparts ainsi que sur de nombreuses maisons et façades, on avait déroulé des tentures ou disposé des mâts où flottait le nouvel étendard de Ridallion, un loup et une licorne soutenant une couronne dans laquelle figurait une petite plume, le tout sur le fond bleu de la famille royale. Le vent les faisait vigoureusement claquer dans l'air doux du matin, et pas un seul nuage ne venait gâcher l'immensité uniformément bleue du ciel.
Alors que les jeunes gens, suivis par une vingtaine de cavaliers en tenue d'apparat qui constituaient la garde royale, se rendaient sur la place centrale, au pied du château, Sienna prit conscience avec une touche d'effarement que les choses s'étaient déroulées bien vite en l'espace d'un petit mois à peine.

***


Une fois que Lorens l'eut retrouvée grâce à l'aide d'Akaha qui l'avait ramenée du royaume des morts, il s'était chargé de lui raconter tout ce qui s'était produit depuis leur séparation, y compris pendant son ''sommeil'', alors que Nargoth les conduisait à nouveau auprès de l'armée. Ils avaient ainsi pu se rendre compte que la disparition du prince avait grandement perturbé les hommes, ce qui n'avait rien d'étonnant en soi. Leur retour avait également été l'occasion pour la jeune fille de retrouver les loups, afin de prendre de leurs nouvelles. Elle avait été grandement attristée par la disparition de Guehjone, mais soulagée que Cobalt soit toujours en vie, même si elle ne comprenait pas elle non plus ce qui s'était produit.
Puis, il avait été temps de procéder aux adieux. Tous avaient bien compris que leur route commune s'arrêtait là, et la séparation avait été difficile pour les uns comme pour les autres. L'armée allait marcher en vainqueur sur Azariel, la capitale, et les loups n'y seraient guère bienvenus, même si leur sacrifice ne serait pas oublié. C'était une part d'elle-même que Sienna avait vu disparaître comme des ombres dans les bois, avant qu'elle ne rejoigne les siens. Elle sentait toujours cette déchirure, car elle avait partagé énormément de choses avec la meute.
Les jours suivants avaient été totalement consacrés au voyage, qui se fit sans se presser, afin de reposer hommes et bêtes. Ils allaient entrer en sauveurs dans les murs de la capitale, et mieux valait être en bon état. L'humeur générale avait été au beau fixe durant tout le trajet, et le jeune couple en avait profité pour passer le plus de temps possible ensemble avant que le protocole ne vienne s'en mêler et leur compliquer les choses.
Lorsqu'ils étaient parvenus aux murs de la ville, les habitants s'étaient montrés hostiles et apeurés, mais quand ils eurent reconnu les étendards qui flottaient au vent, ils n'avaient pu contenir leur joie. A peine les portes passées, les soldats s'étaient retrouvés entourés par la foule en liesse, qui les acclamait. Le prince en particulier, avait eu droit à une véritable ovation. Pour le peuple malmené de Ridallion, cette petite armée annonçait des lendemains meilleurs.

Dans les semaines qui avaient suivi, tous s'étaient activés à reconstruire ce qui en avait besoin, des murailles jusqu'aux maisons les plus misérables. Dans tout le royaume, on avait envoyé des hérauts propager la nouvelle de la victoire et du retour de l'héritier du trône. Partout, on brûlait le moindre objet pouvant se rapporter au Seigneur Noir. Ses obscures bannières et tapisseries avaient été parmi les premières à flamber.
Dans le même temps, divers décrets étaient parus. Un des premiers fut celui interdisant de chasser et de tuer les loups. Les nouvelles s'étaient vite propagées, et Sienna ainsi que le rôle des loups dans cette guerre étaient désormais connus de tous. Qui plus est, avec les récents évènements, la magie risquait fort de sortir des légendes pour redevenir une réalité.

***


Sienna mit pied à terre, laissant les rênes de sa jument au serviteur qui les avait prises. Elle prit le bras que Lorens lui offrait, et elle se dirigea avec lui vers le centre de la place, où attendait le vieux conseiller du roi défunt. La jeune fille s'étonna encore une fois des acclamations qui lui étaient destinées. En si peu de temps, elle était devenue l'héroïne du peuple. C'était très étrange pour elle, d'autant plus qu'elle ne se sentait pas l'étoffe d'une reine, et que toute l'éducation qu'il lui aurait fallu ne lui avait été prodiguée. Pourtant, lorsque le prince lui avait demandé de devenir sa reine lorsqu'il serait couronné, elle n'avait guère hésité.
Ainsi, ce fut rayonnante qu'elle écouta toute la cérémonie de couronnement, et de mariage, immobile au bras de son futur époux, patientant en silence jusqu'à ce qu'on lui adresse la parole, tremblante d'émotion lorsque la fine couronne d'argent fut placée sur sa tête. Lorens pressa doucement sa main pour lui témoigner son amour, auquel il ne pouvait donner libre cours devant tous ces gens assemblés. Le nouveau couple royal se tourna vers la foule de ses sujets et les salua, sous un tonnerre de vivats. Alors qu'un coup de vent faisait voltiger des pétales de cerisier, arbres qui entouraient le centre de la ville, sur toute la place, elle ne put s'empêcher de songer que sa renaissance marquait également son entrée dans une toute nouvelle vie. Ce fut également la promesse que son nouvel époux lui susurra à l'oreille avant qu'elle ne s'abandonne à lui pour leur nuit de noces.

***


Les rayons agréablement tièdes du soleil printanier baignaient de leur lumière le plateau dépourvu d'arbres où la meute avait choisi d'installer leur nouvelle tanière. C'était un endroit paisible, entouré de tous côtés par la forêt, proche d'une rivière qui dévalait le plateau sous la forme d'une cascade un peu plus loin. Le gibier était présent en abondance, et la tanière était abritée par plusieurs grands rochers plats. Etendu sur le plus haut d'entre eux, le loup blanc sommeillait au soleil. Il fut cependant tiré de sa quiétude par des grognements. Il dressa les oreilles bien avant d'ouvrir paresseusement les yeux. Il releva la tête et bâilla largement, découvrant ses longs crocs blancs, puis s'étira avant de se lever et de descendre pour rejoindre le sol.
Les loups de la meute sommeillaient tous, eux aussi, le pelage réchauffé par les rayons du soleil, ouvrant de temps en temps une paupière alourdie par le sommeil, afin d'observer les deux perturbateurs. Seuls Akela et Bakkara étaient pleinement réveillés. La louve, étendue non loin de l'entrée de la tanière, surveillait les deux louveteaux de deux mois qui s'ébattaient à quelques pas d'elle, jouant à se battre et à se mordre afin de déterminer lequel serait le plus fort. Bakkara, qui avait conservé son esprit joueur de louveteau malgré le fait d'avoir grandi, s'amusait de temps à autre à en taquiner un, et les deux frères oubliaient alors toute querelle de pouvoir pour se jeter sur lui, lui mordant impitoyablement la queue et les oreilles, inconscient du fait que leur frère d'adoption roulait sur le dos avec un regard empli de plaisir.
«Ils sont pleins d'énergie...
Cobalt vint s'installer près de sa compagne et la gratifia d'un tendre coup de langue. Elle acquiesça en couchant sa tête entre ses pattes.
-Oui. Ils ont pris beaucoup de forces depuis notre retour. Dire qu'ils n'auraient pas dû survivre à la saison, à cause de leur état de faiblesse...
Daka, le petit noir, venait de saisir l'oreille droite de Bakkara entre ses jeunes crocs, et s'amusait à la mordiller sans que le louvard ne bronche, sous les aboiements approbateurs de Lew, son frère au pelage cendré. Le mâle alpha eut un petit rire.
-En ce moment, ils sont tout sauf faibles.
Il se tut, couché contre sa louve, ses yeux se fermant alors qu'il désirait rejoindre le monde des rêves, une fois de plus. Lorsque le jour aurait commencé à décliner, ils pourraient se rassembler pour la chasse. Akela lui poussa l'épaule du bout du museau.
-Tu penses à Sienna? Tu crois qu'on la reverra un jour? Les chemins que nous suivons sont bien différents, à présent...
Sienna. Oui, il y songeait encore. Parfois. Avec nostalgie. Elle lui manquait, un peu. Il s'était beaucoup attaché à elle durant ce temps en commun. Malgré tout, il entrouvrit la gueule dans une sorte de sourire amusé, la tête légèrement penchée sur le côté. Son regard serein fixait sa compagne, qui était lovée contre lui.
-Je pense que nous nous reverrons, tôt ou tard. Après tout, elle n'est pas vraiment humaine...
-Ah non?
-Tu ne l'as jamais senti?
Le loup blanc perdit son regard dans l'immensité sans nuages du ciel. Doucement, il laissa ses paupières se fermer. Tout était si calme et si serein...
-Elle a quelque chose de différent. Quelque chose de sauvage, comme nous. Un coeur de loup...»

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Vadnika
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MessageSujet: Re: Wolf's Heart   Mar 19 Mai - 17:10

Eh ben, j'en attendais pas moins de toi. Vraiment une très belle fin, tu gâtes tes lecteurs. x)
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sasa0808
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MessageSujet: Re: Wolf's Heart   Mar 19 Mai - 18:36

Superbe fin, j'ai pris beaucoup de plaisir à la lire.
Et oui, on a apprécié, évidemment !
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Wolf's Heart

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